DDG-1000 « Zumwalt »

Pour commencer cette rubrique, prenons le risque d’un choix peu orthodoxe en commençant par la fin et donc le tout récent DDG-1000 « Zumwalt », premier-né de la nouvelle classe de destroyer de l’US NAVY.

Les origines de sa conception remonte au plan DD21 des années 1990 ou « Destroyer for the 21th Century » qui visait un type de bâtiment faisant 16 000 tonnes de déplacement, équipés de deux canons longue portée ainsi que de 128 cellules de lancement. Le programme sera revu à la baisse et si le plan d’origine visait le type « Spruance », mais amélioré, le plan final du bâtiment sera fixé en 2001 et mettra en avant son aspect furtif. Effectivement la superstructure est en matériaux composites et intègre tous les senseurs et radars, aucune ouverture extérieure, la passerelle et le central opérations disposant de caméras, pas de mâts, une coque profilée avec une étrave renversée tel les cuirassés de la Guerre de Sécession, pièces d’artillerie se confondant avec les lignes du bâtiment… Tout est présent pour réduire la surface radar au maximum ainsi que le sillage laissé. Une volonté de discrétion pour un bâtiment de 180 mètres de long pour 15000 tonnes de déplacement par rapport aux classes « Ticonderoga » (173 mètres pour 9000 tonnes de déplacement) et « Arleigh Burke » (156 mètres et entre 8000 et 9600 tonnes de déplacement selon les modèles). Il est aussi de fait le premier Destroyer à propulsion électrique et pousse l’automatisation du bord jusqu’à avoir un équipage près de deux fois moins nombreux que les deux classes de navire précités soit 150 hommes.

Le "Zumwalt" en cale sèche. Une bonne occasion d'observer ces lignes si particulières

Le « Zumwalt » en cale sèche. Une bonne occasion d’observer ces lignes si particulières

D’abord prévu comme un bâtiment multi-missions, la classe « Zumwalt » est destiné aujourd’hui à être essentiellement un appui-feu naval, récupérant en cela le rôle des cuirassés de classe Iowa de la Seconde Guerre Mondiale qui avaient été réactivés dans les années 1980. Si les 128 cellules de lancement initiales ont été abandonnées, il en reste néanmoins 80 répartis en 20 modules de 4 cellules soit 6 modules sur chaque bord à l’avant du château et 4 modules sur chaque bord à l’arrière. Chaque cellule peut accueillir des missiles standard, Tomahawk et Evolved Sea Sparrow Missile (ESSM). Pour l’artillerie, il dispose de deux canons (Advanced Gun System, AGS) de 155mm d’une portée de 140 kilomètres, chacun disposant de deux soutes d’obus de type Long Range Land Attack Projectile (LRLAP) et d’une cadence de 10 coups/minute. Pour la protection rapprochée, deux canons (Close In Guns, CIGS) de 57mm complète un premier tableau de l’armement du DDG-1000 auquel se rajouterait dans l’avenir d’autres équipements comme des défenses anti-torpilles voire même le futur « Rail-gun » que l’US Navy a testé avec succès il y a peu de temps.

Car s’il a évolué depuis ses prémices, qui vont chercher leurs racines dans le doctrine du « Frappeur » de René Loire [1], le DDG-1000 « Zumwalt » sera une plateforme d’essais pour bien des technologies futures de l’US Navy. C’est aussi la volonté d’expérimenter et de prendre des risques, bien que seulement 3 bâtiments sur la trentaine prévue ont été commandés. Après la domination du porte-avions à son apogée durant la Guerre Froide et mise à mal avec l’apparition du missile chinois DF-21D , les Etats-Unis ont revu toute une conception d’une stratégie navale [2] qui reprend en compte une dimension côtière délaissée justement durant le conflit larvé entre les Etats-Unis et l’URSS. C’est aussi ce dont témoigne le programme des Littoral Combat Ships (LCS) de classe « Freedom » et « Independence » pouvant accueillir de nombreux modules (Guerre des mines/Anti-sous-marine/Surface). Peu étonnant lorsque l’on sait que 85% de la population mondiale vit à 200 kilomètres des côtes, cela l’est encore moins quand ce type d’opérations est propice à l’interarmisation et notamment à la projection des Marines.

2-naval-destroyers

Baptisé le 12 avril dernier, le DDG-1000 « Zumwalt », du nom de l’amiral ayant été chef des opérations navales de 1970 à 1974 et s’étant distingué durant la Guerre du Vietnam, apparait donc comme une métamorphose conséquente de l’US Navy tout en se réappropriant une doctrine délaissée. Porteur des changements profonds que pourrait induire l’usage du « rail-gun », surnommé « canon planétaire »[3], il est aussi le symbole de nombreuses hésitations qui ont conduit l’US Navy en ces temps de crise à miser sur une modernisation des classes déjà existantes comme elle le fait avec les prochaines Arleigh Burke Flight III remplaçant le projet de croiseur antiaérien CG-X. Qui était dérivé de la classe DDG-1000…

 [1] Le concept du « Frappeur » par René Loire.

[2] Lire à ce sujet le chapitre IX « De l’action vers la terre à la coercition navale » in « Les fondements de la stratégie navale au XXIe siècle » de Joseph Henrotin aux éditions Economica.

[3] L’avènement du « canon planétaire » sur Le Fauteuil de Colbert.

En complément une présentation détaillée du programme et du bâtiment sur GlobalSecurity.

Publicités


Catégories :Navires

Tags:, , , , , , , , , , , ,

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :