Bataille de Barfleur – 29 mai 1692

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CONTEXTE:

En cette année 1692, dans l’intention de soutenir Jacques II à regagner son trône selon la volonté de Louis XIV, François d’Husson de Bonrepaus, intendant général des classes et des armées navales, projetait de prendre le contrôle maritime de la Manche et de faire débarquer 20 000 hommes en Angleterre.
Le roi autorisa l’expédition malgré l’avis de ses conseillers qui soulignaient que la popularité de Jacques II était surestimée en Angleterre. Les troupes furent rassemblées en Normandie sous le commandement du maréchal de Bellefonds, l’infanterie devant embarquer à la Hougue, la cavalerie au Havre. Tourville avait pour rôle d’escorter les transports jusqu’à Torbay et d’appareiller le 25 avril sur les ordres du ministre Pontchartain quels qu’étaient les risques de faire face à la flotte coalisée. De plus il était subordonné à Jacques II et à Bellefonds, une fois le débarquement fini, il avait pour ordre de renvoyer les bâtiments de charge à Brest et garder les frégates dans la Manche.
L’amiral d’Estrées avec l’escadre du Levant quitta Toulon pour soutenir Tourville mais fut retardé par les mauvaises conditions de mer. Contrairement aux hollandais et aux anglais qui purent se regrouper.

Après que Tourville eut prudemment avancé qu’il fallait renoncer à l’aventure, Pontchartain lui rappela brutalement la volonté du roi:
« Ce n’est point à vous de discuter les ordre du Roi. C’est à vous de les exécuter et d’entrer dans la manche. Mandez moi si vous le voulez faire, sinon le roi commettra à votre place quelqu’un de plus obéissant et moins circonspect que vous. »
Tourville appareilla le 12 mai à la tête de 39 vaisseaux et renforcé de 5 vaisseaux commandés par Villette. Entretemps les responsables de l’opération se rendant compte de la potentielle catastrophe envoyèrent un messager pour annuler l’appareillage mais trop tard.

FORCES EN PRÉSENCE:

Flotte de Tourville:
– A l’avant: l’escadrille « Bleue/Blanche », 14 navires de ligne compris en 3 divisions dirigées par les officiers généraux De Nesmond, D’Amfreville (vaisseau-amiral, le « Merveilleux ») et Relingue.
– Au centre, l’escadrille « Blanche » 16 vaisseaux commandés par Villette, Mursay, Tourville (vaisseau-amiral, le « Soleil Royal ») et Langeron.
– A l’arrière, l’escadrille « Bleue », 14 vaisseaux commandés par Coetlogon, Gabaret (vaisseau-amiral, l' »Orgueilleux ») et Pannetier.

Flotte de Russel:
– A l’avant: l’escadrille hollandaise « Blanche » sous le commandement d’Almonde (vaisseau-amiral, le « Prinz »), 36 vaisseaux répartis en 3 divisions sous les ordres de Van Der Putte, Gilles Schey et Callenburgh.
– Au centre: l’escadrille « Rouge » anglaise, 27 vaisseaux commandés par Delaval, Russel (vaisseau-amiral, le « Brittania ») et Shovell.
– A l’arrière: l’escadrille « Bleue » anglaise, 29 vaisseaux commandés par Carter, Ashby (vaisseau-amiral, le « Victory ») et Rooke.

LA BATAILLE:

Le 29 mai à l’aube, les deux flottes sont en vue l’une de l’autre à 40 kms au nord-est de Barfleur (50°02′ de latitude nord, 01°58′ de longitude ouest).
La flotte anglo-hollandaise se met alors en ordre de bataille selon un axe nord-sud en travers du vent de sud-ouest, Tourville en profite pour se précipiter sur les coalisés qui prennent cette fougue pour un piège. Mais le vent tombe, et les vaisseaux doivent être remorqués par des chaloupes. Vers 10h, les deux flottes sont côte à côte à portée de canons selon les schémas habituels de la bataille navale de l’époque. L’arrière-garde D’Almonde tente d’encercler les arrières français tandis qu’à l’avant, Ashby se met en place de façon à leur couper la route.
Ce n’est que lorsqu’un vaisseau hollandais ouvre le feu sur le « Saint-louis » que les 3000 canons français et les 9000 canons des coalisés se mettent en action.

Le « Soleil Royal » de Tourville est attaqué par le « Britannia » de Russel, ainsi que par le « London » et le « St Andrew ». Bien qu’il subit beaucoup de dégâts notamment au gréement, et doit même quitter la ligne quelques instants, le vaisseau-amiral tient bon. A l’avant de la ligne française les vaisseaux d’Amfreville ont fort à faire pour ne pas être encerclés et coupés des leurs, tandis qu’à l’arrière Pannetier réussit à éloigner Ashby de sa propre ligne de bataille.

Vers 12h, le vent tourne et souffle de l’est, favorisant ainsi la flotte alliée. Shovell part du centre anglais pour faire cap à l’est et couper le centre et l’avant français. Voyant la manœuvre, Carter le rejoint pour renforcer l’encerclement. Almonde met également à profit le vent pour encercler l’avant français, poussant De Nesmond a également faire cap à l’est, transformant la ligne nord-sud française en un angle droit.
Le « Soleil Royal » de Tourville devient alors particulièrement exposé aux tirs ennemis, qu’il doit désormais essuyer sur bâbord et tribord.

De 14h à 15h, le centre et l’avant français vont désormais face aux hollandais et aux anglais qui les entourent, Coetlogon et Tourville affrontent Russel et Shovell. Carter affronte seul l’arrière-garde française restée dans la ligne tandis que Ashby cherche toujours à affronter les navires français partis à l’est. A partir de 16h, le vent tombe et la mer se calme, le champ de bataille se trouve alors couvert des fumées de canonnades ininterrompues jusqu’alors, offrant un bref repos aux deux camps. A l’avant, De Nesmond et Almonde continuent de faire leurs manœuvres respectives d’évitement et d’encerclement à l’aide de chaloupes mises à la mer. Vers 17h, alors que les fumées sont dissipées par un vent léger, Tourville, pressent le changement de marée et ordonne de mouiller l’ancre, laissant la ligne centrale anglaise dériver vers l’est. Ashby, toujours à l’ouest de la ligne française, voyant la manœuvre, décide de jeter l’ancre également pour pouvoir prendre ses adversaires à revers. L’escadrille de Russel n’ayant pas anticipé, se retrouve éloignée des combats contrairement à celle de Shovell.

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A 18h, Rooke réussit à rejoindre le centre anglais, toujours au combat notamment avec le « Soleil Royal » et l' »Ambitieux ». Peu de temps après, Ashby réussit à rejoindre le cœur de la bataille. Une heure plus tard, les positions des belligérants sont telles que les proues françaises font face aux poupes anglaises, le combat au canon ne causera plus de dégâts conséquents. Shovell décide d’envoyer des boutefeux aux français de façon à ce que Tourville coupe ses amarres et dérive vers la ligne de mire de Russel. Mais les boutefeux ratent leurs objectifs. Plus tard, Russel se trouve trop exposé, ses vaisseaux étant les seuls entre la flotte française et la haute mer. Tentant de rejoindre le reste des anglo-hollandais en passant à travers les français, ils font l’erreur de s’exposer aux canons de ces derniers qui ouvrent le feu.
Alors que la nuit n’est plus éclairée que par les dernières flammes des boutefeux, Tourville ordonne de couper les amarres, la flotte de Russel tente de les suivre, sans succès.

Pour le moment.

POSTERITE:

1700 tués et blessés chez les français, 2000 tués dans la flotte coalisée dont 2 amiraux et plus de 3000 blessés. Si aucun navire n’est coulé, beaucoup sont très endommagés, dont le « Soleil Royal »… la bataille de Barfleur fut d’une violence que seule égala la fougue de Tourville à affronter un adversaire deux fois plus nombreux.

Tourville-musee-marine

Anne Hilarion de Costentin de Tourville

Mais le triomphe sera de courte durée. Tentant de rejoindre Brest ou Saint-Malo pour s’abriter, la flotte de Tourville mouille devant Cherbourg le 31 au soir, 9 vaisseaux manquent à l’appel et nul n’avait de nouvelles de De Nesmond, Gabaret et De Langeron. Levant l’ancre à l’aube le lendemain, la flotte s’éparpille à cause des trop importants dégâts subis par plusieurs d’entre eux. Treize restent dans le cotentin, dont le « Soleil Royal », le « Triomphant », le « Merveilleux » auxquels s’ajoutent les deux laissés par De Nesmond car trop endommagés, le « Bourbon » et le « Saint-Louis ». Les trois premiers jours de juin, les anglais détruisent les 15 vaisseaux français laissés à Cherbourg et à la Hougue. En moins d’une semaine, le triomphe de la flotte de Louis XIV sombre et avec lui, l’invasion de l’Angleterre. Fait à souligner: si les français parlent bien de « La bataille de Barfleur », les britanniques lui préfèrent le terme de « battle of Hogue ». Au lecteur de pencher vers le chauvinisme français ou à la « mauvaise foi » de la Perfide Albion.

Cet épisode marquera la réorientation de la stratégie française vers le continent et l’adoption de la « guerre de course » pour la mer, tandis que les britanniques débutent un règne sur les mers qui ne sera remis en cause qu’à la seconde guerre mondiale.

Bibliographie:

Les 600 plus grandes batailles navales de l’histoire – Guy Le Moing
The Influence of Sea Power upon History – Alfred Thayer Mahan
The Battle Of Barfleur (Spanish Succession)
Naval Warfare in the Age of Sail: The Evolution of Fighting Tactic 1650-1815 – Brian Tunstall

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Catégories :Batailles navales

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