TRAFALGAR – Rémi Monaque

Trafalgar, le « Waterloo maritime » comme le sous-titre si subtilement la réédition de l’ouvrage de l’amiral Rémi Monaque. Pourtant, comme une revanche, la couverture s’orne de la mort de Nelson alors que l’édition originale sortie en 2005 à l’occasion du bicentenaire présentait le combat du Bucentaure [1].

La mémoire de cette bataille et ses répercussions ne sont pas les moindres des sujets abordés ici de façon exhaustive par l’auteur. Une bataille dont tout ou presque est effectivement abordé; que ce soit le contexte historique détaillant les volontés de débarquement en Angleterre de Napoléon, l’état des flottes en présence, l’organisation du commandement, les équipages, les idées tactiques des amiraux, l’artillerie, les gréements… Difficile de rentrer plus en détail dans les coulisses du 21 octobre 1805, jour qui sonnera la suprématie de la Royal Navy jusqu’à la seconde guerre mondiale. D’autant que le livre sait conjuguer la narration et le didactisme en gardant un subtil équilibre. S’il est documenté et précis, ce « Trafalgar » n’en reste pas moins le roman d’un épisode qui assombrira considérablement l’histoire de la marine française.
Avant ce livre, l’amiral Monaque avait écrit un « Latouche-Tréville, l’homme qui défia Nelson », dont ce « Trafalgar » pourrait être l’épilogue tragique. Car c’est aussi sous le signe de mauvais présages que s’annonçait cette confrontation entre un Nelson enragé, fidèle à son credo qui pourrait se résumer en « seek and destroy », et Villeneuve qui hérite du poids d’une mission trop lourde à la mort de son illustre prédécesseur, et qui partira au combat alors que l’amiral chargé de lui succéder était en route…

Trafalgar 1

Par cette lecture parfois passionnée mais toujours documentée, il est intéressant de voir certains aspects dépoussiérés. L’un de plus notables étant l’implication de l’empereur dans sa stratégie navale. S’il lui manque le sens des réalités maritimes, il est toutefois loin de faire preuve de l’esprit « terrien » que lui prêtera une certaine postérité Il reste toutefois que la marine impériale, après avoir vu ses ainés se couvrir de gloire lors de la guerre d’Indépendance américaine, a eu du mal à se remettre de la révolution et à faire face aux progrès des anglais. Outre les avancées technologiques de ces derniers, notamment les canons de 32 ou les caronades qui feront des ravages, il faut compter sur l’omniprésent Nelson dont le goût de la chasse et de la destruction de l’ennemi mettent à mal les règles codifiées du combat naval. Ironie de l’histoire, il eut sans doute été l’amiral dont aurait rêvé Napoléon…

Cette réédition dans la collection « l’histoire en batailles » est l’occasion pour tout un chacun versé dans la marine impériale ou dans le fait naval en général de l’ajouter sur ses étagères et de goûter à cet épisode dont même la postérité eut un goût amer doublement amer. Quelque temps après la défaite, celle-ci sera éclipsée par l’éclatante victoire d’Austerlitz, et même cet échec ne fera pas le poids dans la mémoire collective face au glas fatal signé à Waterloo marquant définitivement la fin de l’empire. Ce bouquin est l’occasion de rendre justice aux marins ayant vécu ce jour funeste ou grandiose selon le pavillon sous lequel ils se trouvaient.

[1] Article à lire à ce sujet sur Trois-Ponts.

Le bouquin aux éditions Taillandier.

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Catégories :Batailles navales, Bibliothèque

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Rétroliens

  1. LIVRE – « Une histoire de la marine de guerre française » – La Plume et le Canon

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