LA VOILE ET LE CANON – Ismaël Belisle

Qu’il est difficile d’écrire sur l’histoire. D’autant plus quand l’objet de l’étude attire une foule d’exigeants. C’est ce que tente Ismaël Belisle avec son « La voile et le canon » paru aux éditions L’ancre de marine en 2012.
L’intention est des plus nobles, fasciné par les récits de Forester, O’Brian et tant d’autres, Belisle s’attache à restituer l’apogée des marines de guerre à voile de 1745 (guerre de succession d’Autriche) à 1815 (fin de l’empire napoléonien). Les domaines couverts sont d’ailleurs vastes pour un livre de 250 pages: contexte historique et commercial, flottes en présence, types de navires, la manoeuvre, les marins et leur vie embarquée, le combat naval… Peut-être d’ailleurs trop, si le but se veut d’offrir un aperçu de ces différents domaines au néophyte et donc volontairement de ne pas approfondir plus de que raison, une certaine faiblesse méthodologique vient retirer tout le sel d’un bouquin qui en a pourtant bien besoin.

voiletcanon600px-z-c137

Les trois premiers chapitres dédiés à la partie « historique » souffre parfois de quelques raccourcis malheureux et d’une absence de bibliographie qui font sourciller le lecteur. Résumer les stratégies navales en une citation du film Master And Commander : de l’autre côté du monde, c’est un peu court pour paraphraser Edmond Rostand. Et à propos de citation, le passage abordant la bataille de Saintes est assez révélateur, dans la même page se trouvent cités Claude Farrère et le Comte de Ségur. Soit respectivement un officier de marine et historien du 20ème siècle et un témoin contemporain des faits, tous deux mis au même plan. L’œuvre transpire bien la passion d’une époque mais aussi hélas avec les maladresses inhérentes.

Mais tout est-il prétexte à faire subir le fouet à l’auteur. Non, et la deuxième moitié de l’ouvrage, plus « technique » rattrape l’intérêt du lecteur sans toutefois éviter quelques écueils méthodologiques précédemment évoqués. Aborder la médecine à bord est une excellente idée, citer en référence le personnage du docteur Mathurin d’O’Brian est en revanche moins indispensable. Mais la quantité rattrape souvent la qualité et est d’ailleurs exempte de réelles erreurs factuelles qui en font un très bon aperçu pour le néophyte. L’organisation de la vie à bord est très largement abordée aux côtés des manœuvres du navire, ce qui est un effort louable encore une fois dans le cadre d’une découverte. Le tout étant agrémenté de schémas ainsi que de reproductions de gravures d’époque (d’ailleurs elles aussi non référencées).

Il y a un peu deux types d’ouvrage sur le fait naval en France, d’un côté le livre pour enfant essentiellement basé sur les illustrations (par exemple cette excellente BD de Didier Georget) et de l’autre, les ouvrages académiques et un peu austère. « La voile et le canon » se veut être à mi-chemin, entre l’ouvrage d’histoire et la recherche de l’évasion. Ce grand écart ne tient pourtant pas toutes ses promesses, la faute à un manque de méthode qui dessert le propos. La passion est une bonne motivation, mais pas toujours un accomplissement.

« La voile et le canon » chez Ancre de Marine.

Publicités


Catégories :Bibliothèque

Tags:, , , , , , , , , , ,

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :