« L’AFFAIRE EDWARD SNOWDEN – UNE RUPTURE STRATÉGIQUE. » Par Quentin Michaud et Olivier Kempf

L’actualité récente a montré que le « cyberconflit » n’était plus une abstraction issue de romans de Steampunk. Ukraine, Chine, Iran, Syrie… et France : le cyber n’a pas de frontières et définit sa stratégie propre. Dans cette bataille, les États-Unis ont une longueur d’avance considérable par leur puissance historique, technologique et économique. Pourtant, cette toute-puissance s’est trouvée grandement remise en question depuis juin 2013, suite à la publication d’informations sur le fonctionnement et les méthodes de la National Security Agency (NSA) par les journalistes Glenn Greenwald et Laura Poitras.

Un scandale international qui n’est pourtant pas dû à Anonymous, Wikileaks ni à une puissance étrangère, mais à un jeune américain, Edward Snowden. Ce dernier n’est pas un agent de la NSA, mais administrateur réseau chez Booz Allen Hamilton, un sous-traitant de l’agence. Bien qu’ayant eu un passé au sein de la CIA, c’est ce poste qui lui permettra de fuir avec un nombre considérable de données sur l’activité de la NSA

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« L’affaire Edward Snowden – Une rupture stratégique. » de Quentin Michaud et Olivier Kempf revient sur cette affaire qui a redistribué les cartes au niveau de la cyberstratégie mondiale. S’il existe déjà une bibliographie sur l’affaire, notamment le bouquin de Greenwald No Place to Hide, le livre a le grand mérite de revenir de façon globale sur l’action de Snowden, en détaillant les acteurs présents, leurs méthodes, le contexte, et surtout les conséquences. Une gageure pour un bouquin de 200 pages, mais le pari est remporté grâce à une clarté dans le propos qui évite le détail technique superflu, et à un cheminement thématique efficace évoqué plus haut. La fuite de Snowden, sa collaboration avec les journalistes, les révélations de la presse, la réaction des États-Unis et surtout de ses alliés… Des évènements presque aussi passionnants que les fuites des documents de la NSA, puisqu’ils vont révéler les coulisses du renseignement et les jeux de pouvoir qui en sont à l’origine.

« L’affaire Edward Snowden… » se divise en trois grandes parties, les deux premières étant l’œuvre de Quentin Michaud, la dernière d’Olivier Kempf, tous deux ayant déjà publiés des ouvrages sur la cyberdéfense aux éditions Economica. Les cinq premiers chapitres reviennent chronologiquement sur le déroulement des révélations orchestrés par l’analyste avec le concours de la presse. L’autre grande partie développe chacun des acteurs (NSA, Snowden, journalistes…) mais comporte surtout deux aspects intéressants. Le premier aborde les réactions des pays face aux méthodes de la NSA rendues publiques. Il est fascinant de voir sous les apparences, les différentes cultures du renseignement et le passif vis-à-vis du partenaire principal, les États-Unis. Difficile d’y discerner de grandes tendances, tant les intérêts nationaux divergent. Dernier point qui est abordé chapitre 11: l’architecture du programme du surveillance et ses différentes ramifications couvrant autant de cibles du renseignement américain.
Le dernier volet, écrit par Olivier Kempf, développe lui les angles politiques, géopolitiques et stratégiques. Cette prise de hauteur permet de voir à quel point les fuites mises au point par l’ancien sous-traitant de la NSA et les journalistes n’est pas une énième affaire de lanceur d’alerte, à l’image de ce que Bradley Manning avait pu faire avec Wikileaks. Les répercussions se font ici plus profondes et lourdes de questionnement. S’il n’y pas ici le poids médiatique d’une bavure américaine filmée depuis un hélicoptère, c’est le quidam moyen qui se voit ici ciblé à travers son quotidien passé au crible de façon globalisée.

Le travail de synthèse de Michaud et Kempf met en avant les questions que soulève un tel cas de figure : Quels sont les moyens employés aujourd’hui dans le cybersurveillance ? Dans quel cadre et pour quels résultats ? L’acceptation tacite du peuple américain de la surveillance généralisée après le 11 septembre doit-elle s’appliquer partout ? Et comment dans un monde dominé par l’omniscience technologique américaine peut-on espérer garder une souveraineté nationale en la matière ? Au terme de l’ouvrage, ces points sont détaillés avec autant de concision que de pertinence. Au-delà de l’analyse factuelle nécessaire, sa grande qualité est bien d’élever le débat

Une rupture stratégique l’affaire Snowden, donc ? Assurément quand on détaille ses effets sur l’économie, la politique internationale et même la culture cyber. Si de prime abord, passé le choc des premières révélations en juin 2013, le cas Snowden semble « digéré », il n’en demeure pas moins qu’il y aura désormais un « avant » et un « après ». Une rupture d’autant plus marquée, qu’elle vient d’un individu isolé et issu du système qu’il dénonce et qui dépasse largement le cadre du secret d’état pour interroger directement tout un chacun sur les valeurs de la cité.

 « L’affaire Edward Snowden – Une rupture stratégique. »
Par Quentin Michaud et Olivier Kempf
Ed. Economica

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Catégories :"Hors Série", Bibliothèque

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