« L’AGONIE D’UN CUIRASSE » – Vladimir Sémenoff

Les témoignages de bataille navale ne sont pas choses rares, tant ce qu’on sait de ces dernières vient directement des acteurs présents lors de l’affrontement. Et certains ont une saveur toute particulière, y compris au XXème siècle qui ne fut pas avare en la matière.
Un siècle qui, pour la guerre sur mer a débuté avec le conflit Russo-Japonais (1904-1905). Celui-ci se concluant sur une violente défaite pour l’Empire russe, la bataille de Tsushima où la flotte de la Baltique se verra décimée par l’amiral Togo.

Rien que le sujet interpelle : Une flotte stationnée en Baltique détruite dans un détroit séparant la Corée du Japon ? Cela pourrait prêter à sourire si l’issue n’avait pas été si dramatique. Et c’est ce que restitue parfaitement le récit du capitaine de frégate Vladimir Séménoff de ces deux jours du 27 et 28 mai 1905. Embarqué à bord du vaisseau-amiral russe « Kniaz-Souvaroff » aux côtés de l’amiral Rojestvenski, il consignera tout de ce carnage où la flotte japonaise eut l’initiative et le dessus durant tout le combat.

Séménoff se trouve alors dans un hôtel de la côte d’Azur, lorsqu’il rédige d’après ses carnets L’Agonie d’un Cuirassé, qui sera publié en 1908. Le récit de moins de 100 pages, sera connu en France grâce à la traduction et l’analyse du commandant de Balincourt. Qu’il en soit remercié ! Car Séménoff sait conjuguer le recul et l’esprit critique sur la bataille, faisant appel aux rapports japonais pour compléter la vue de la bataille et la fin du « Kniaz-Souvaroff ». Mais il mêle aussi un esprit russe qui donne sa puissance au récit. Car malgré les illusoires lueurs d’espoirs qui parcourent son témoignage, il y plane un fatalisme certain qui souligne le sens du devoir jusqu’à l’absurde de cette flotte. C’était une opération désespérée, qui a trainé des mois, pour qu’une flotte mal préparée et fatiguée affronte les forces repues et fortes de leurs récentes victoires d’un stratège de premier ordre. L’Agonie d’un Cuirassé, c’est un récit de bravoure sans réel espoir de vaincre, la fin d’un navire-amiral qui combattra quand bien même il n’y a plus qu’une seule de ses pièces à encore fonctionner.

Précis dans sa volonté de restituer les événements, Sémenoff va également fournir son livre en croquis du navire-amiral, mais aussi du plan de bataille où sont détaillées les évolutions des deux flottes. Chose remarquable, ce dernier croquis n’a guère été modifié depuis, preuve de la rigueur de l’auteur dans sa démarche qui s’apparente parfois à une plaidoirie. Ironie du sort, il rentrera d’ailleurs à St Saint-Pétersbourg pour y être jugé suite à de accusations délirantes formulées par un état-major qu’il n’aura de cesse de fustiger.

C’est aussi une vue de l’intérieur d’une bataille qui marquera un tournant de l’histoire. Rétrospectivement cette victoire du Japon marquera le début véritable de son impérialisme et de son entrée parmi les grandes puissances. Pour la dynastie des Romanoff, ce sera le premier coup d’une série qui amènera à leur chute quelques années plus tard.

« L’Agonie d’un Cuirassé »
Par Vladimir Sémenoff
Editions Nuvis

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Catégories :Bibliothèque, Classiques

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