CINEMA « Les hommes du Yamato »

6 avril 2005, à la veille du soixantenaire du naufrage du cuirassé Yamato, Makiko Muchida visite le musée consacrée au navire à Kure dans la préfecture d’Hiroshima. Cherchant à trouver un moyen de se rendre par bateau aux dernières coordonnées connues du Yamato, elle se heurte aux refus de la capitainerie et des pécheurs. Seul un homme va accepter de l’y emmener, Katsumi Kamio, qui a autrefois embarqué en 1944 à bord du Yamato en tant que matelot. Et ce, après avoir découvert que la jeune femme est la fille adoptive de Mamoru Uchida, un officier marinier que Kamio a bien connu à bord…

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Sorti pour les 60 ans de la dernière bataille du Yamato, tout le film est placé sans surprise sous le signe de la commémoration. Il se concentre en effet sur la dernier partie de la carrière opérationnelle du bâtiment à partir de mi-1944 jusqu’au 7 avril 1945, en détaillant essentiellement la bataille du golfe de Leyte et l’opération Ten-Go.

Techniquement, il est inutile d’attendre du film d’atteindre le niveau de débauche graphique du pachydermique Pearl Harbor sorti 4 ans plus tôt [1]. Si les décors en dur sont privilégiés, notamment sur la DCA, les quelques plans larges de bataille repris d’après les photos d’époque ne sont pas floraison et empêche une lecture fluide de l’action. Homme connu pour savoir conduire des films populaires à grand spectacle, Junya Satō conduit sa barque honnêtement mais sans zèle non plus. On sent le choix de l’artisan honnête qui saura mettre en image un récit mais sans aspérités non plus. Le spectacle reste toutefois assuré, malgré le manque de moyens. Conscient de cette limite, le réalisateur recentre le récit sur les marins, et notamment les hommes d’équipage qui veulent encore croire à une victoire que les officiers-mariniers n’espèrent plus… La quasi-totalité des scènes de bataille se focalisent aussi sur les servants de DCA, d’une contrainte (peu de décors) nait un ressort dramatique, ce sont les servants de ces mêmes pièces qui sont le plus exposés au principal adversaire que rencontrera jamais le cuirassé: l’aéronavale américaine. Les aficionados d’artillerie lourde en seront pour leurs frais; les canons de 460 ne tonnent jamais que pour… stopper les approches des chasseurs, bombardiers et torpilleurs! Une étrangeté pourtant bien conforme à la réalité et qui n’en souligne que plus durement l’obsolescence d’un tel navire dans la guerre telle qu’elle est menée dans le Pacifique.

La quasi-totalité des scènes de bataille se passent dans les batteries de la DCA. A la question pratique s'ajoute une dimension graphique renforçant la violence des combats à l'écran.

La quasi-totalité des scènes de bataille se passent dans les batteries de la DCA. Elles offrent ainsi un aspect plus spectaculaire de la lutte contre l’aviation américaine… d’autant que le Yamato n’eut jamais de défense aérienne à la hauteur des attaques de l’aéronavale US.

De fait, le film mélange film de guerre, récit historique et épopée intimiste. S’il y a forcément un film occidental dont on devrait le rapprocher ce serait, malgré la facilité, du « Lettres d’Iwo-Jima » de Clint Eastwood. « Les hommes du Yamato »  conjugue la grande histoire avec celles de chacun de ses personnages, un entrecroisement qu’on retrouve dans le film d’Eastwood ainsi que le sentiment de l’inéluctable qui plane sur tout le film très rapidement passé l’enthousiasme d’embarquer des jeunes recrues et leur baptême du feu. Le scénario joue même parfois cruellement avec ses personnages et leur destin. L’exemple le plus marquant étant sans doute cette scène où Muchida rentre chez lui retrouver son épouse. Blessé, il se voit déjà moins qu’un homme et fait comme s’il n’existait plus. S’ensuite une dispute à l’issue de laquelle sa femme le rassure et lui affirme qu’elle l’attendra…à Hiroshima.

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Une idée d'inéluctable marque le film dans sa deuxième partie.

Une idée d’inéluctable domine le film dans sa deuxième partie.

Autre point d’intérêt, la « mystique » Yamato ; en effet la postérité du cuirassé se veut être expliqué par les sentiments prêtés aux personnages du film. Si les jeunes recrues de l’équipage se sacrifient avec tout l’aveuglement de leur âge, il n’en va pas de même pour les officiers et officiers-mariniers. Les premiers acceptent leur sort après avoir blâmé les amiraux de leur lâcheté et les seconds finissent par voir dans leur sacrifice l’espoir d’un Japon meilleur. De là à voir un parallèle entre le sacrifice du cuirassé portant le nom du Japon ancestral et le seppuku des samouraïs, il n’y a qu’un mince pas que le film se garde de franchir, mais de justesse.
Le principal inconvénient étant que le film gagne en « sens » (ou idéologie c’est selon) ce que le récit historique perd…

 

vlcsnap-2015-04-18-20h00m51s889Trois générations de japonais saluant le Yamato

Trois générations de japonais saluent le Yamato

Trois générations de japonais saluent le Yamato

« Les hommes du Yamato » offre finalement un double défi pour le spectateur occidental ; ceux d’aller au-delà du manque de moyens selon l’échelle hollywoodienne et la morale toujours aussi particulière prêtée aux derniers instants d’un bâtiment de guerre portant le nom du Japon ancestral et symbole de la fin de l’impérialisme nippon. Il vaut en tout cas mieux que le slogan « quand Pearl Harbor rencontre Titanic » qui lui fut apposé sur les jaquettes du DVD qui connut d’ailleurs une faible distribution dans nos contrées. Quand elle ne fut pas inexistante.

[1] Budget « Les hommes du Yamato » ; 21 millions de dollars. Budget « Pearl Harbor » ; 140 millions de dollars

« Les Hommes du Yamato » (Titre original : Otokotachi no Yamato) – JAPON
Réalisateur : Junya Satō Scénario : Junya Satō d’après le roman de Jun Henmi
Musique : Joe Hisaishi
Durée : 145 minutes
Dates de sortie (Japon) : 17 décembre 2005
Casting : Shidô Nakamura, Ken’ichi Matsuyama, Tatsuya Nakadai, Kyoka Suzuki, Takashi Sorimachi, Yû Aoi…

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Catégories :Films, Navires

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