Le croiseur « Colbert » (C 611)

Sister-ship du croiseur anti-aérien De Grasse, le Colbert lancé en 1956 et armé en 1959, signe à la fois la renaissance et le changement profond à venir de la Royale après la seconde guerre mondiale.

Renaissance, car un bâtiment portant le nom d’un croiseur lourd sabordé à Toulon sort des arsenaux français durement touchés durant le second conflit mondial. Changement, car ce sera le dernier croiseur construit pour la marine française [1], et lui-même sera refondu dix ans après son lancement, l’ère du canon ayant cédé le pas au missile…

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Le Colbert à Tarente le 8 février 1968. L’occasion de voir, avant sa refonte, l’artillerie arrière et les télépointeurs les surplombant.

DU CANON AU MISSILE

A sa mise en service, le Colbert comprend en effet un armement de 8 tourelles doubles de 127 mm et 10 affûts doubles de 57 mm. Les premiers peuvent à la fois être utilisés contre des cibles en mer, à terre ou dans les airs, en revanche les seconds servent en priorité à l’antiaérien. Cette puissance de feu est guidée alors par des télépointeurs radars (4 pour les 127 mm et 4 autres pour les 57mm) et le bâtiment est bien équipé en moyens de détection : un DRBV 23 (radar de veille air) et un DRBV 20C installés fin 59, ainsi qu’un DRBI 10B (radar d’altimétrie) et un DRBV-31 (radar de veille surface et navigation).

Le bâtiment peut aussi embarquer plus de 2400 hommes à son bord en plus d’un équipage déjà conséquent (près de 1000 marins avant la refonte de 1970). Ses capacités en font alors un bâtiment capable de coordonner une action anti-aérienne au sein d’une escadre comprenant un porte-avions et un nombre important de bâtiments

Mais les années 60 font vite apparaitre l’obsolescence du Colbert en l’état. Le missile s’est imposé comme l’arme dominante en mer et l’aviation devenue supersonique change profondément le combat antiaérien. Les États-Unis s’équipent du F-100 Super Sabre en 1954, les soviétiques du Mig-19 en 1955 et la France elle-même lance le Super Mystère B2 en 1958.
Acté en 1969, la refonte commence à Brest en avril 1970 et ne sera alors pas « complète » à sa fin en 1972. Les 8 tourelles de 127 mm sont remplacées par 2 canons de 100 mm sur les 6 prévus, de 10 affûts doubles de 57 mm on passe à 6 et si 2 rampes MASURCA ((MArine SURface Contre Avions) sont bien installées, les 6 rampes de lancement de missiles Exocet ne seront finalement installées qu’en 1980. La section détection est mise à jour notamment pour le guidage des tirs et le TACAN ainsi que le lance-leurres Syllex sont rajoutés. Mais c’est au niveau des transmissions que le Colbert fait figure de pionnier en étant le premier bâtiment français militaire équipé de Syracuse, système de transmissions par satellite. Conséquence d’importance de la refonte : son équipage est quasiment divisé de moitié avec désormais 562 hommes. Il rejoint désormais la classe des croiseurs lance-missiles se multipliant alors dans les marines militaires de la Guerre Froide.

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Le Colbert après refonte, on peut y voir le mat treillis rajouté derrière la cheminée ainsi que, la rampe MASURCA et un hélicoptère peut désormais atterrir sur la plage arrière.

BÂTIMENT AMIRAL ET 11000 TONNES DE DIPLOMATIE NAVALE

Le Colbert sera de 1959 à 1969, bâtiment amiral de de l’escadre de la Méditerranée. Une fonction qu’il partagera avec le De Grasse jusqu’en 1964. Après sa refonte c’est de l’escadre de l’Atlantique dont il devient le bâtiment amiral, et ce jusqu’en 1976 où la multiplication des situations de crise en méditerranée le verra rejoindre à nouveau Toulon.

Le Colbert avait la réputation « de ne jamais avoir fait feu de ses canons ». Le croiseur fut en effet utilisé pour des missions de secours humanitaires comme à Agadir en 1960 et Bizerte un an plus tard, mais aussi de représentations diplomatiques. En 1961, il rapatrie les cendres du Maréchal Lyautey, en 1964 c’est à son bord que le général de Gaulle se rendit en Amérique du sud et 3 ans plus tard au Canada où son célèbre « vive le Québec libre » ne passa pas inaperçu.
Peu avant son redéploiement en Méditerranée, il participe au bicentenaire de l’indépendance des États-Unis. Mission qu’il réitérera en 1988 pour celui de l’indépendance australienne. Dernière mission diplomatique, le croiseur fera escale en mai 1990 à Sébastopol alors que la Perestroïka n’en avait plus que pour un an et demi.
Vieillissant mais toujours actif, le croiseur Colbert prend part quelques mois plus tard, en août, à l’opération « Salamandre » pour protéger le Clémenceau qui, le 24 septembre, débarque les troupes qui allaient donner naissance à la division Daguet.
Ce sera sa dernière mission, le croiseur est alors désarmé le 24 mai 1991 avec 6 ans d’avance sur la date initialement prévue.

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Le Colbert en 1960 puis en 1976 (schémas par Profil de bateaux gris – http://profilsbateauxgris.cabanova.com/)

Dernier croiseur français, il devient un musée flottant à Bordeaux de 1993 à 2005. Puis, en 2007, il est ramené au cimetière marin de Landévennec où il était mouillé encore récemment. Son arrivée dans la rade de Brest signe la dernière étape de son parcours et de son démantèlement à venir, après celui de la Jeanne d’Arc.
Construit dans la reconstruction nationale de l’après-guerre, le Colbert retint les leçons immédiates du conflit en s’orientant vers l’anti-aérien, au vu de l’importance considérable prise par l’aéronavale. Les croiseurs devant être construits par la suite seront finalement annulés au profit d’un renforcement des groupes aériens des portes-avions. Il fut même question de navires à propulsion nucléaire sur le modèle de ce qu’élaborèrent les États-Unis mais là aussi, le projet resta lettre morte [2]. A cheval entre-deux époques, l’histoire du dernier croiseur de la marine nationale illustre bien l’accélération des moyens et missions des flottes de guerre d’après 1945. Si sa carrière opérationnelle ne fut pas à la hauteur du prestige dont il jouit et de ses ainés, le Colbert reste un symbole fort de la marine de guerre française. Et qui malgré son actualité, eut longtemps une fin de vie plus glorieuse que celle de bien d’autres bâtiments.

Le porte-avions "Clemenceau" et le croiseur lance-missiles "Colbert" effectuent un ravitaillement en mer auprès du pétrolier ravitailleur "Var" lors de l'opération "Salamandre".

Le porte-avions « Clemenceau » et le croiseur lance-missiles « Colbert » effectuent un ravitaillement en mer auprès du pétrolier ravitailleur « Var » lors de l’opération « Salamandre ». (http://www.ecpad.fr/)

Chronologie historique du Colbert.

Photos du Colbert au cimetière de Landévennec.

La fiche du Colbert sur Net-Marine. De nombreux schémas et excellemment documenté.

[1] « Dernier croiseur », en prenant en compte qu’il y a débat avec la Jeanne D’arc qui fut un « croiseur porte-hélicoptères », d’autant que sa coque fut inspirée par celle du Colbert. Il reste néanmoins que cette classe hybride est souvent mise à part de la lignée des croiseurs « conventionnels ».

[2] Lire à ce sujet cet article passionnant sur le « Fauteil de Colbert ».

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