ROMAN – La Mer Cruelle

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« Si ces marins sont les vedettes du récit, les navires en sont les véritables héros. Mais il y a un traitre : la mer cruelle. »

Ainsi commencent les presque 600 pages du chef d’œuvre de Nicholas Montsarrat sorti en 1951 et l’un des plus brillants romans sur la seconde guerre mondiale, au point que simplement le  classifier dans le registre « militaire » ou  » maritime » serait rendre bien peu justice à la force de son récit.
1939, Angleterre, le commandant Ericson, capitaine de la « merchant navy » et réserviste de la royal navy prend le commandement de la corvette HMS Compass Rose. Flanqué d’un second incapable et tyrannique, il voit arriver à son bord deux jeunes officiers sortant de leurs classes : Lockhart et Ferraby. Cet état-major, à la tête d’un équipage inexpérimenté mais volontaire, va bientôt entamer une guerre qu’ils pensent alors tous brève. C’est le début d’une lutte de plusieurs années pour sauvegarder les convois alliés des attaques allemandes à travers les tempêtes de l’Atlantique.

En forçant le trait, La Mer Cruelle pourrait être la version « de surface » du « Das Boot » écrit par Lothar-Günther Buchheim. Mais contrairement à ce dernier, le roman anglais ne se limite pas à une patrouille mais bien à toute la durée de la guerre. On y retrouve pourtant ce même sentiment « claustro-phobique » qui unit l’équipage de l’escorteur. Un enfermement dû à l’isolement vis à vis de ceux restés à terre, du reste de la flotte… Voir la bataille de l’Atlantique autrement que par le biais d’une grosse unité (cuirassé, croiseur…) n’en rend que plus brutale la violence de celle-ci. A la « routine » des traversées de l’atlantique s’ajoute une chasse de plus en plus violente par les u-boote tant redoutés.

La corvette HMCS Regina de la même classe que le Compass Rose

La corvette HMCS Regina de la même classe que le Compass Rose

L’auteur a lui-même participé au second conflit mondial en tant qu’officier sur les corvettes de la classe Flower, écrivain et journaliste avant la guerre, il a parfaitement su restituer la vie d’un équipage d’escorteur. Même si le personnage de Lockart est le plus clairement autobiographique, la narration omnisciente et d’une froide distance, ne délaisse aucun personnage. Montsarrat fait constamment planer une ombre d’inéluctabilité quant aux destins des navires et des équipages, laissant le lecteur aussi désemparé que les protagonistes face à ce qu’ils affrontent.
Cette distance c’est aussi celle de l’auteur/journaliste qui recrée, sans pathos ni élan d’héroïsme superflu, un monde qui n’a cessé que depuis peu [1], un monde que la propagande de guerre et l’oubli pourraient altérer définitivement. D’où le devoir de l’écrivain de le faire revivre et ce qui explique encore aujourd’hui le succès de l’ouvrage. Si La Mer Cruelle conserve une force particulière c’est que le récit mélange habilement l’histoire des hommes et la tragédie intemporelle. L’après-guerre, chose peu connue, a abondé en récits écrits par ceux ayant combattu, non pas tant par un besoin de valorisation que de rendre son authenticité à une histoire pourtant récente.

[1] Roman publié en 1951, 6 ans seulement après la fin de la guerre.

La Mer Cruelle
Par Nicholas Montsarrat
576 pages
Éditions Libretto
Site de l’éditeur français

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Catégories :Bibliothèque, Romans

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