FILM – « La Mer Cruelle » (1953)

CC5A8C THE CRUEL SEA Poster for 1953 Ealing Studios film with Jack Hawkins

CC5A8C THE CRUEL SEA Poster for 1953 Ealing Studios film with Jack Hawkins

Les visiteurs de l’exposition temporaire « Real to Reel : A century of War Movies » à l’Imperial War Musuem de Londres ont pu constater que parmi les classiques du cinéma évoqués, l’adaptation du roman « La Mer Cruelle » tenait une bonne place. Il faut dire que le succès du roman était tel n’aura fallu qu’un an après la sortie du bouquin pour que les droits d’adaptation soient achetés par Sir Michael Balcon, patron des Ealing Studios. Si après-guerre, ce dernier n’a produit que peu de films de guerre, le bouquin de Montsarrat fut pour lui l’occasion parfaite de rendre hommage aux marins ayant mené la bataille de l’Atlantique.

Le film, sorti en 1953, conserve sans réel changement la trame du roman. Seule modification réelle, la narration parfaitement équilibrée entre tous les protagonistes dans le roman se voit ici davantage axée sur le commandant Ericson. Joué par Jack Hawkins qui a connu le succès les années précédentes avec Angels One Five, The Planter’s Wife et Mandy, le rôle va confirmer son statut de star [1]. Pour l’équipe technique, Balcon fait appel aux valeurs sûres de son studio et pour les deux navires du film, une corvette de classe « Flower » est empruntée à la marine grecque ainsi qu’une classe « Castle » à la Royal Navy [2]. Un autre choix autant esthétique que pratique s’impose vite à l’équipe, le film sera tourné en noir et blanc. Pratique, parce qu’il permet d’intégrer des images d’archives de la bataille de l’Atlantique au film et esthétique, car le film gagne un aspect documentaire, par ailleurs amplifié par une musique peu présente.

Des héros qui subissent la guerre comme un mal nécessaire. Un aspect qui rend intemporel le film. La scène est un moment incontournable dans la carrière de Jack Hawkins.

Des héros qui subissent la guerre comme un mal nécessaire. Un aspect qui rend intemporel le film. La scène est un moment incontournable dans la carrière de Jack Hawkins.

Et c’est sans conteste la grande réussite du film, conserver cette distance dans le récit pour mieux finalement détailler chaque personnage dans ses peurs et ses doutes. Car le film, à l’image du roman, ne dissimule rien de ce qu’affrontent les anglais dans cette guerre où l’ennemi est invisible et où même l’océan semble être contre eux. Entrainements qui s’enchainent, combats sans vraies victoires, coupure avec les proches restés à terre… les marins de « La Mer Cruelle » mènent une guerre où les victimes se comptent davantage que les u-boot coulés lors des innombrables escortes des convois entre les États-Unis et l’Europe. Malgré les années qui laissent voir les artifices utilisés pour le film (tournage en bassin pour les scènes de nuit, utilisation des images d’archives évoquée plus haut…), il n’a rien perdu de sa force parce que c’est avant tout une histoire humaine qui est racontée. Avec des héros usés, qui doutent et font face à l’échec, ce qu’illustrent les deux scènes cruciales qui ponctuent le film. Dans la première, pour couler un supposé u-boot repéré à l’ASDIC, Ericson fait passer son navire à travers des naufragés  et y lâchent ses grenades sous-marines… sans savoir finalement si l’écho était bien celui d’un u-boot ou d’un cargo coulé précédemment par celui-ci. Le mal est fait: l’équipage assiste impuissant à cette tuerie et Ericson en ressort brisé. La deuxième, c’est le naufrage, déjà éprouvant dans le livre son penchant filmique n’épargne rien au spectateur d’un équipage décimé et dérivant alors que les survivants peinent à échapper à la mort. Et comme en écho qui répondrait à cette défaite, la victoire finale contre un u-boot est rendue à sa dimension la plus simple et sans emphase, tout ceci n’est jamais qu’une histoire d’hommes en affrontant d’autres pour des raisons qui leur échappent.

La vision finale de l'équipage de l'U-boot vaincu ramène Ericson et ses hommes à cette réalité: peu de temps auparavant ils étaient à la place naufragés vaincus.

La vision finale de l’équipage de l’U-boot vaincu ramène Ericson et ses hommes à cette réalité: peu de temps auparavant ils étaient à la place naufragés vaincus.

Lors de sa sortie le film devient le plus grand succès de l’année en Angleterre malgré un portrait sans fard d’une guerre qui ne s’est achevée que huit ans auparavant. Sans doute parce que contrairement à d’autres [3] films sortis à la même époque, « la Mer Cruelle » cherche d’abord à rendre hommage sans les nimber d’une gloriole qui ne leur rendrait pas justice. Les mots de Churchill pour les héros de la bataille d’Angleterre « Never was so much owed by so many to so few » pourraient peut-être aussi s’appliquer à ces marins.

[1] Dans la décennie suivante, il jouera, entre autres, dans La Terre des Pharaons, Le Pont de la rivière Kwai, Ben-Hur et Lawrence d’Arabie.

[2] Il est à noter que dans le roman, le second navire d’Ericson est une classe « River », mais dont il n’existait pas d’exemplaire utilisable au moment du film. Pour l’anecdote, c’est un navire de cette classe que l’on peut voir dans « Le Renard Des Océans », film avec John Wayne sorti l’année suivante.

[3] Difficile de ne pas penser à Ouragan sur Le Caine, autre classique et dernier film d’Humphrey Bogart, où le message maccarthyste est très présent.

« La Mer Cruel » (Titre original: The Cruel Sea) – GRANDE-BRETAGNE
Réalisateur : Charles Frend
Scénario : Eric Ambler, d’après le livre de Nicholas Monsarrat
Musique : Alan Rawsthorne
Durée : 126 minutes
Dates de sortie (GB) : 24 mars 1953
Casting : Jack Hawkins Donald Sinden, John Stratton, Denholm Elliott, John Warner, Stanley Baker, Bruce Seton, Liam Redmond, Virginia McKenna, Moira Lister, Don Sharp…

Le film est aujourd’hui disponible en DVD en France chez StudioCanal après avoir été longtemps introuvable. La version blu-ray n’est pour l’instant que pour l’Angleterre. Toutefois les éditions restent hélas pauvres en supplément.

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Catégories :Cinéma de quartier, Films

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