FILM – « USS Indianapolis: Men Of Courage »

12186541_896438823774883_828607913234690716_o

31 mars 1945, le croiseur lourd de la marine américaine, le USS Indianapolis essuie une attaque de kamikazes et se retrouve finalement touché. Lors des réparations à quai, son commandant apprend que lui et son équipage se voient confiés une mission secrète, sans escorte et qu’ils devront mener le plus rapidement possible. A savoir amener des éléments de la future bombe atomique qui sera larguée sur Hiroshima…

La tragédie de l’USS Indianapolis est de celles qui sont parfaites pour le cinéma, permettant de mêler plusieurs genres comme ici le film de guerre historique, le film catastrophe, le thriller judiciaire… D’autant que cet épisode si particulier de la guerre du pacifique a été immortalisé dans la culture populaire par le monologue de Quint dans « Les Dents de Mer ». Le vétéran y racontait l’épisode du naufrage, concluant d’un fataliste « Anyway, we delivered the bomb... ».
Que toute l’histoire soit enfin portée sur grand écran avec des ambitions au moins aussi grandes ne pouvait que réjouir les cinéphiles fanas de guerre navale.

Ce sont hélas plutôt les adeptes de naufrage qui pourront trouver leur compte à la vision des deux heures d’ « USS Indianapolis : Men Of Courage ». Si Mario Van Peebles retrouve le genre maritime qu’il avait déjà abordé avec la pompeuse série « The Last Ship », il n’en ressort encore une fois pas avec les honneurs. La faute essentiellement à un manque de moyens flagrant, et un casting qui fait ce qu’il peut (veut ?) pour relever l’inanité d’un scénario paresseux alors que le sujet se prêtait à bien autre chose qu’un simple récit linéaire. Divisé en trois parties, la mission, le naufrage, puis le jugement, le récit ne reflète jamais l’imminence du drame ou la tension qui devrait ressortir, comme par exemple lors des jours de dérive où l’équipage est décimé par la faim, la soif ou les attaques de requins. Si Nicolas Cage prend la pose de façon souvent peu convaincue, Tom Sizemore surjoue en roue libre et les plus jeunes membres du casting rivalisent de transparence. Et le spectacle est lui bien à la peine, le budget insuffisant n’offrant que des effets spéciaux en-deçà de ce qu’une série actuelle peut offrir. Quant aux 900 naufragés, on n’en verra tout au plus qu’une quarantaine sur un même plan.

Le film pêche donc par un manque de moyens évident mais aussi d’un réel manque d’ambition dans ce qu’il raconte au point de ressembler parfois à un patchwork disparate d’autres grosses productions en n’en retenant que les clichés. Il est donc à regretter que plus de 70 ans après la fin du second conflit mondial, il semble difficile d’aborder la guerre navale en évitant les écueils dont le cinéma de l’immédiate après-guerre avait justement su se dispenser.

Et pour ce qui des écueils, la grande Histoire n’en sort pas indemne non plus. Si l’ouverture du film montre le croiseur affrontait une vague de kamikazes dont l’un se jette sur la page avant, en réalité il n’y eut ce jour-là qu’un seul appareil à attaquer l’USS Indianapolis, qui fut effectivement touché plage avant… mais par une bombe.
De même, un œil attentif verra durant cette même attaque une extraordinaire erreur de raccord. Si les plans d’ensemble montrent bien une silhouette d’un croiseur de classe Portland, les plans des batteries antiaériennes sont celles de L’USS Alabama, un navire musée sur lequel a été tourné le film. Mais ce dernier est un cuirassé de Classe South Dakota qui a peu de points communs avec l’USS Indianapolis. L’I-58 quant à lui, si sa version numérique ressemble bien au sous-marin  japonais historique, le tournage eut lieu sur un sous-marin américain de classe Gato. D’autres détails, comme le commandant donnant lui-même l’ordre d’ouvrir le feu à ses batteries, la « surprise » de l’arrivée du commandant du I-58 au procès… sont autant de facilités prises sans qu’elles apportent de réels apports au récit.

La liste des erreurs est encore longue, et la moquerie serait facile pour un tel film tant il les accumule. Puis au moment du générique arrivent les témoignages de survivants du naufrage. Loin de racheter le film, ces instants ne font que renforcer la sensation d’épouvantable gâchis. En plus de ne pas être à la hauteur du spectateur ou de l’histoire, il ne l’est pas non plus à la mémoire des vétérans.

Une énorme erreur de raccord dés les 5 premières minutes, d'un croiseur classe Portland en plan large on passe à la DCA d'un cuirassé classe South Dakota.

Une énorme erreur de raccord dés les 5 premières minutes, d’un croiseur classe Portland en plan large on passe à la DCA d’un cuirassé classe South Dakota.

Les plans en numérique sont non seulement laborieux, même en plus rajoutent des détails faux: ici la plage avant du I-58 n'accueillait que deux kaiten et non 3.

Les plans en numérique sont non seulement laborieux, même en plus rajoutent des détails faux: ici la plage avant du I-58 n’accueillait que deux kaiten et non 3.

Un des plans du naufrage où les figurants sont les plus nombreux. Historiquement ce sont plus de 900 hommes, dont près des deux tiers périront, qui avaient survécu au torpillage.

Un des plans du naufrage où les figurants sont les plus nombreux. Historiquement ce sont plus de 900 hommes, dont près des deux tiers périront, qui avaient survécu au torpillage.

Une photo sous-marine parfaitement nette en couleur en 1945. Quelqu'un aurait pu mettre Jean-Jacques Cousteau au courant.

Une photo sous-marine parfaitement nette en couleur en 1945.
Quelqu’un aurait pu mettre Jacques-Yves Cousteau au courant.

Publicités


Catégories :Films

Tags:, , , , ,

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :